Félix Duclassan

J’ai accompagné l’artiste Félix Duclassan dans la mise à jour et la refonte de son dossier d’artiste.

A distance entre Paris et Saint-Denis à la Réunion, nous avons échangé sur son travail, ses recherches plastiques et ses références philosophiques.

Ainsi j’ai pu écrire plusieurs textes, un de présentation de sa pratique générale et plusieurs sur certaines séries spécifiques.

Concernant la réalisation de son portfolio je l’ai conseillé, entre autres, sur l’agencement des informations, le contenu et la présentation. Il l’a ensuite fait mettre en page par une graphiste.

Voici le texte que j’ai écrit sur sa pratique, les autres textes sont disponibles dans le dossier de l’artiste ici, ainsi qu’en page d’accueil.

Félix Duclassan Agathe Ferrand
Image / Ecran, 2017

Félix Duclassan est un artiste qui révèle le pouvoir double des images : « apparaissant et disparaissant, léger et grave, mimétique et fantasmatique, connaissant mais lacunaire¹ ». Au moyen d’un jeu plastique d’apparitions subreptices, il capte leur qualité d’empreinte et dévoile leur potentiel suggestif. Ses sujets, notamment les « lieux anthropologiques »2 et « non-lieux »3 se retrouvent représentés sans l’être totalement. L’artiste part de son environnement insulaire et évolue avec les éléments qui l’entourent :
paysages, histoires, gens.
Techniquement, l’image se dévoile au travers de filtres, via transfert avec un vidéoprojecteur ou un calque, l’artiste positionne ainsi un « voile » entre lui-même et le support. Une distanciation qui se révèle une fois l’oeuvre terminée. Ainsi l’image ne transparait que par couches diffuses et sporadiques. Ne ressortent que certains détails, qu’une empreinte particulière. Effacés, les personnages transférés prennent une forme fantasmagorique. Sujets d’une histoire oubliée, Félix Duclassan impose leurs traces, comme si par ce subterfuge plastique le spectateur se retrouvait à devoir prendre le temps de l’observation.
La temporalité et la disparition vont de pair dans le travail de l’artiste. Dans la série Image/Ecran, des toiles sont exposées de dos. Le paysage ne se révèle qu’entredeux et la mise à distance est renforcée par le châssis apparent. Des silhouettes de formes composent la toile ne révélant qu’une présence onirique. Même jusque dans les couleurs choisies, froides, qui pourraient entraver l’évocation d’un paysage du sud, elles suscitent de fait sa fragilité et l’oubli de son histoire. Cette dualité se prolonge à travers A family portrait, série réalisée à partir d’archives de famille, mais aussi avec Madame Antoinette représentant les « Nénènes »4 ou encore Murmure dessin brodé par des descendantes de domestiques. L’artiste combat l’oubli en matérialisant plastiquement des « traces écrites »5 et en initiant chez le spectateur les réminiscences d’une possible histoire commune.
En plus des filtres qu’il s’impose dans la réalisation picturale Félix Duclassan expérimente des manières supplémentaires de rendre ce principe d’apparition/disparition. Au cours de ses recherches il place des dessins d’oiseaux dans l’espace urbain, ceux-ci sont voués à s’évanouir. Il joue avec cet environnement insulaire, source inépuisable de son inspiration. Il retrouve sa nature en tant que sujet porteur de symboles communs, notamment avec Arecaceae série de peintures sur les palmiers, qui dans l’imaginaire et la mémoire collective sont un marqueur des pays du sud. Ou encore son abondante composition avec le dessin Panorama, matérialisation plastique d’une invitation à la découverte lente et romantique du paysage. Cette dernière œuvre nous permet à nouveau de distinguer sa relation avec l’architecture. L’artiste se passionne pour les bâtiments peuplant son île, ceux-là mêmes définis comme les « Non-lieux » et leurs rapports avec les habitants.
Félix Duclassan fait apparaître des limbes, un monde entre-deux. Des hétérotopies dans lesquelles l’artiste invite le spectateur à découvrir sa mythologie, en exacerbant le pouvoir empathique des images6, insufflant parallèlement une nouvelle histoire potentielle et les réminiscences d’un passé commun. Auratiques les représentations incomplètes, effacées, de l’artiste prennent une nouvelle temporalité et endossent le rôle inédit de vestiges artificiels.


¹HERVÉ, Martin, « Phalènes. Essais sur l’apparition, 2 de Georges Didi Huberman », Cygne noir, recension, juillet 2014.
²« Mais tel n’est pas notre propos : nous incluons dans la notion de lieu anthropologique la possibilité des parcours qui s’y effectuent, des discours qui s’y tiennent, et du langage qui le caractérise. » AUGÉ, Marc, Non Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité, La Librairie du XXIe siècle, édition du Seuil, 1992.p. 104.
³« Les non-lieux, ce sont aussi bien les installations nécessaires à la circulation accélérée des personnes et des biens (voies rapides, échangeurs, aéroports) que les moyens de transports eux-mêmes ou les grands centres commerciaux, ou encore les camps de transit prolongé où sont parqués les réfugiés de la planète. » AUGÉ, Marc, Non Lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité, La Librairie du XXIe siècle, édition du Seuil, 1992.p.48.
4Mot créole. Femme s’occupant d’enfants en bas-âge, parfois nourrices ou grand-mères.
5RICOEUR, Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, éditions du Seuil, 2000.

Félix Duclassan Agathe Ferrand
ARECA CATECHU- 2016 Série Arecaceae
Félix Duclassan Agathe Ferrand
Gracula Religiosa, 2017

Félix Duclassan Agathe Ferrand
A Family Portrait, 2016-2019
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